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Illustration de la réforme de la spécialité d'infirmière puéricultrice face au projet d'IPA en pédiatrie - Crédit photo : © Boyer Avocats
Crédit photo : © Boyer Avocats

La santé de l'enfant n'a pas besoin d'un IPA en pédiatrie, mais d'une réforme de la spécialité de puéricultrice.

Temps de lecture : 8 min.
Auteur : Jean-Christophe Boyer
Publié le : 15/07/2026 15 juillet juil. 07 2026

Depuis plus de soixante-quinze ans, la spécialité d'infirmière puéricultrice organise une expertise exclusivement consacrée à la santé de l'enfant. Alors que certains proposent aujourd'hui de créer un IPA en pédiatrie, une autre voie existe : moderniser cette spécialité pour répondre aux besoins actuels des enfants, des familles et du système de santé.

I. Le constat d'échec du modèle IPA ne justifie pas sa généralisation à la pédiatrie

La mission « flash » confiée à Mmes Anchya Bamana, Josiane Corneloup et Nicole Dubré-Chirat ainsi qu'à M. Stéphane Viry avait pour objet d'évaluer, huit ans après leur création, le déploiement des infirmiers en pratique avancée. Le constat dressé par les rapporteurs eux-mêmes est sans ambiguïté. Le revenu moyen d'un IPA exerçant en libéral était inférieur à 800 euros par mois en 2022, très en deçà du revenu cible de 3 000 à 3 300 euros nets par mois qui avait servi à calibrer les forfaits. La file active moyenne s'établit à 330 patients quand le modèle avait été construit sur une hypothèse de 400.

Certains IPA, selon l'Unipa elle-même citée dans le rapport, ne reçoivent que deux patients par semaine. La Cour des comptes avait déjà, dans son audit flash de juillet 2023, qualifié la profession IPA d'entravée par des freins que les évolutions successives n'étaient pas parvenues à lever.

Le rapport reconnaît lui-même, dans les termes de ses rapporteurs, que le cadre de la pratique avancée infirmière demeure en cours de consolidation et que ses mentions sont trop étroites et peu cohérentes avec les besoins de soins de la population.

C'est dans ce contexte que la mission propose de créer une mention IPA « enfants et familles » ayant vocation à absorber, à terme, la profession d'infirmière puéricultrice. Le paradoxe mérite d'être souligné avec précision.

Le rapport propose de faire reposer l'avenir des soins de l'enfant sur une architecture qu'il juge lui-même fragile, en l'étendant à l'absorption d'une spécialité dont il ne conteste par ailleurs ni l'ancienneté, ni le maillage territorial, ni la reconnaissance professionnelle.

II. La santé de l'enfant relève d'une spécialité, pas de la création d'un nouvel IPA

Les besoins auxquels la mission flash entend répondre sont largement documentés : accès aux soins, suivi des maladies chroniques, prévention, coordination des parcours, soutien à la parentalité, protection de l'enfance ou encore prise en charge des situations complexes.

La question n'est donc pas celle des besoins. Elle est celle du modèle permettant d'y répondre.

Or ces besoins correspondent précisément au champ d'exercice historique des infirmières puéricultrices.

Depuis plus de soixante-quinze ans, cette spécialité est organisée autour d'une expertise exclusivement consacrée à la santé de l'enfant, depuis la naissance jusqu'à l'adolescence. Sa formation repose déjà sur les sciences infirmières appliquées à l'enfant, le développement de l'enfant, la pédiatrie, la périnatalité, la prévention, la santé publique, la protection de l'enfance et l'accompagnement des familles.

La réforme actuellement portée par la profession de puéricultrices ne consiste pas à créer un nouveau métier. Elle consiste à faire évoluer cette spécialité vers un niveau universitaire master, en intégrant les compétences d'autonomie clinique, de décision, de consultation et de prescription rendues possibles par la loi du 27 juin 2025.

Cette approche présente plusieurs avantages structurels.

Elle s'appuie d'abord sur une expertise déjà constituée. Il ne s'agit pas de former des professionnels à la santé de l'enfant à partir d'un exercice généraliste, mais d'enrichir les compétences de professionnels dont toute la formation et toute la pratique sont déjà centrées sur cette population.

Elle repose ensuite sur un maillage territorial existant. Les infirmières puéricultrices exercent déjà en maternité, néonatalogie, pédiatrie, PMI, protection de l'enfance, établissements d'accueil du jeune enfant, structures médico-sociales, services de soins à domicile et de nombreux autres secteurs. Développer leur autonomie clinique permettrait de renforcer immédiatement ces organisations sans attendre la constitution progressive d'une nouvelle filière.

Enfin, cette évolution préserverait la continuité des parcours professionnels. Les compétences nouvelles viendraient compléter une spécialité reconnue, sans créer de concurrence entre deux formations poursuivant des objectifs largement identiques.

À l'inverse, la création d'une mention IPA en pédiatrie conduirait à bâtir progressivement une nouvelle filière de formation, un nouveau corps professionnel et un nouveau maillage territorial, alors même qu'une infrastructure professionnelle existe déjà.

Le choix n'oppose donc pas la spécialité à la pratique avancée.
Il oppose deux modèles de développement de la pratique avancée.
Le premier consiste à créer une nouvelle profession.
Le second consiste à faire évoluer une spécialité existante vers un niveau supérieur d'autonomie clinique.

Au regard des besoins de santé de l'enfant, de la rapidité de déploiement attendue et de l'efficience des politiques publiques, la seconde option apparaît structurellement plus cohérente.

III. Créer un IPA en pédiatrie conduirait à l'effacement progressif de la spécialité de puéricultrice

La Recommandation n°6 ne propose pas de supprimer juridiquement la profession de puéricultrice. Elle prévoit des passerelles simplifiées, par la voie d'une validation des acquis de l'expérience, pour les professionnels qui souhaiteraient accéder au diplôme d'IPA enfants.

Cette prudence de façade ne doit pas masquer l'effet structurel du dispositif proposé.

Si le diplôme d'IPA enfants et familles offre, pour un niveau d'études comparable, davantage d'autonomie clinique, de capacité de prescription et de perspectives de rémunération que le diplôme d'État de puéricultrice, le choix des étudiants se portera mécaniquement vers la première voie. La spécialité de puéricultrice ne disparaîtra pas par abrogation. Elle se videra progressivement de ses candidats, de ses formateurs, de sa capacité à irriguer les postes existants.

Ce mécanisme n'est pas hypothétique. Le rapport documente lui-même, pour la profession IPA, un ralentissement voire un recul des candidatures dans certaines formations, à Angers comme à Dijon, en lien avec les difficultés rencontrées par les diplômés dans l'exercice effectif de leur métier. Un changement de grade universitaire non accompagné d'un gain réel de compétences et de reconnaissance ne suffit pas à garantir l'attractivité d'une filière. Il n'y a pas de raison que le mécanisme joue différemment en sens inverse pour la puériculture, si le nouveau diplôme d'IPA enfants venait concentrer les compétences et les perspectives les plus favorables.

Ainsi, la Recommandation n°6 ne propose pas une réorganisation administrative des mentions de pratique avancée. Elle engage, sous une présentation prudente, le devenir d'une spécialité déjà installée depuis plus de soixante-quinze ans, sans que le dispositif appelé à lui succéder ait fait la preuve de sa viabilité, y compris selon les termes du rapport qui le propose.
 

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